ON REPART?

14. Le questionnement

Après plusieurs mois à ne pas comprendre ce qu’il m’arrivait, il a fallu ouvrir les yeux et se rendre à l’évidence: l’Australie me manque et je veux y retourner. Sauf qu’avant de le crier sur tout les toits, j’avais besoin d’en parler. Je ressentais le besoin d’être guidée, d’avoir des avis neutres et de personnes plus mature, extérieures à ma vie personnelle. C’est donc naturellement que je me suis tournée vers certaines de mes collègues et mes patients. J’ai de la chance d’avoir travaillé en oncologie, et le vrai plus de cette spécialité c’est l’authenticité des rapports que l’on entretient. En accompagnant nos patients, nous sommes tout les jours confrontés à la maladie, à la mort et surtout à la vie. Le cancer permet un “reset” pour toutes les personnes impliquées dans la vie quotidienne du patient, lui y compris bien évidemment. C’est le moment où l’on se pose les vraies questions: 
Qui suis-je? 
Ai-je des regrets? 
Qu’ai je fait de ma vie? 
Quel trace fais-je laisser? 
Que ferais-je différemment? 
De quoi ai-je vraiment envie? 
Qu’est ce qui est le plus important à mes yeux? 
A qui ou a quoi devrais-je consacrer plus de temps? 
LES VRAIES QUESTIONS. Je vous met au défi d’y répondre. 

Je crois sincèrement que lorsque nous sommes sur le mauvais chemin, il faut prêter attention aux signes que la vie, l’univers, Dieu, peu importe, nous envoie. Cette année là on m’a suspecté une sclérose en plaques, j’ai littéralement cru que le ciel me tombait sur la tête. Pendant une semaine, en attendant le diagnostic final (négatif au passage, Dieu merci), c’est là que j’ai eu mon déclic. Je me suis dit que si demain je venais à perdre la vue ou l’usage de mes jambes, je me devais d’arrêter de tourner autour du pot et de me trouver des excuses! Ca a été un électrochoc. J’allais repartir, tout simplement parce que j’en mourrais d’envie et que je ne me sentais plus à ma place en France. 

15. L’annonce aux proches

La partie la plus difficile, sans hésiter. Ma stratégie ça a été de le faire en douceur, en laissant des petits indices par ci, par là, au détour d’une conversation. Ca a duré des mois jusqu’à ce que je l’annonce clairement. Laissez moi vous dire que mon plan a totalement échoué. Moi qui pensais avoir préparé mes parents, ils étaient en fait à mille lieux d’imaginer que j’allais repartir. Moralité: si vous avez pris votre décision, annoncez le, ça sera un choc dans tout les cas. 

A ce jour, je crois que cette conversation a été l’une des pires que j’ai pu avoir avec eux. Pour la faire courte: beaucoup de pleurs, des cris, des reproches, de la culpabilité et de la déception au programme. Et je ne leur en veux absolument pas, je venais de leur annoncer que leur fille allait faire sa vie à 17 OOOkm et qu’on ne se verrais quasiment plus (en gros). Et pour en rajouter, mon frère avait lui aussi déménagé à l’étranger quelques mois auparavant, double coup de massue. 

Ce qui est “marrant” c’est que lorsque tu pars la première fois à l’étranger pour une “expérience” tout le monde trouve ça trop cool! Par contre quand tu pars la deuxième fois pour y rester et monter un vrai projet d’expatriation, là ça l’est beaucoup moins. Amis et famille, tout le monde y vas de son petit commentaire, de son avis sur ton projet, et c’est pas souvent constructif ou bienveillant pour être honnête. 

C’est là que viens la première difficulté de l’expatriation: accepter et être en paix avec le fait qu’on ne sera jamais sur de soi et de notre décision, que notre coeur sera toujours partagé entre deux.

Est ce que je suis sure de vouloir faire ma vie en Australie? Absolument. Est ce que je doute des fois? Très souvent, même 3 ans après! Ca ne dure jamais plus de quelques heures et c’est NORMAL. Celui qui vous dira qu’il n’a jamais imaginé ce que pourrais être sa vie dans son pays d’origine vous ment, point. 

16. Comment repartir – monter un projet d’expatriation

Alors là on est plus sur un WHV, c’est du long terme et ça se prévoit. On part sur un business plan avec etude de marché, budget et objectifs, la totale!

1. On se rends dans le pays et/ou la ville choisie: le WHV c’est top parce qu’on est vraiment en immersion totale et pour une longue durée. Si pas de WHV possible, je conseille vraiment de longues vacances. Vouloir s’expatrier à Tahiti parce que ça a l’air joli c’est bien, y habiter c’est totalement autre chose. Je pense qu’il est essentiel d’avoir une idée assez précise de la vraie vie locale.

2. On étudie et on se renseigne: bouquins, documentaires, podcasts, vidéos Youtube, expériences de proches etc … à l’heure d’aujourd’hui c’est super facile de s’éduquer. Tout est accessible très facilement alors on en profite et on devient indécollable sur le pays, son histoire et sa culture.

3. On fait la liste des bons et mauvais côtés: à l’écrit, ça rends les choses plus réelles. En Australie, par exemple, un énorme avantage pour moi ça serait les plages paradisiaques. J’aime le soleil et nager, je vais donc aller m’installer sur la côte, dans une ville où je peux profiter des belles plages le plus souvent possible. Un inconvénient, ça pourrais être la langue parlée dans le pays -> action: planifier dans son budget de quoi payer des cours. Maximiser les bons côtés et essayez d’apporter au moins une action à mettre en place pour chaque mauvais côté, afin de les rendre plus vivables au quotidien. Quitte à partir, autant kiffer à fond et se donner toutes les chances de rester. 

4. On demande de l’aide! On a chacun nos domaines d’expertise et c’est ce qui nous rends intéressants. Profitons-en! Dans mon cas, je ne pouvais revenir qu’avec un student visa, j’ai donc fait appel à une agence française sur place à Sydney, spécialisée dans les études et student visas. Et devinez-quoi? C’était même gratuit. Celui qui m’a conseillée et accompagnée tout au long du processus à su décortiquer pour moi toutes les infos et me les expliquer très simplement. J’ai aussi rencontré un agent d’immigration à deux reprises par exemple. Tout ça c’est un gain de temps énorme!

5. On pense avenir: est ce que je peux pratiquer mon métier ou ai-je besoin d’une équivalence? Ou est-ce que je me lance dans un autre domaine? Ai-je besoin d’étudier? Puis-je obtenir un visa de travail tout de suite, ou sinon, en combien de temps? Quelles sont mes possibilités professionnelles? Je ne compte plus les heures passées à décortiquer tout les sites du gouvernement et à essayer de comprendre comment j’allais pouvoir être infirmière en Australie et y rester. J’ai tout écrit et détaillé sur une feuille: chaque étape, chaque document, les délais d’attente, etc. (Articles à venir sur ce parcours du combattant qu’est l’équivalence infirmière très prochainement!)

6. On pense administratif: le plus fun … l’enregistrement aux registre des français établis hors de France, changement de statut pour les impôts et la sécurité sociale, inscription au consulat, traduction officielle de tout les documents, souscription à une assurance, s’intéresser au régime de retraite, test de langue, demande de visa, déménagement etc. Et pour ceux qui ont des enfants, l’école bien évidemment.

7. On prépare bien son arrivée: un bon petit montant de côté, c’est l’essentiel. Histoire de faire face aux imprévus et premières galères, parce qu’il y en a toujours. Au delà de ça, réserver un premier pied à terre et essayez d’organiser ce qui va suivre, au moins pour le mois suivant l’arrivée. 

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“Le regard des autres: s’en vouloir de vouloir quelque chose de différent”

Je me suis longtemps posé la question pourquoi est ce que ma vie ne me satisfaisait pas comme elle l’était. Pourquoi je n’ai jamais su me contenter d’un CDI, d’un appart et d’une vie bien établie en banlieue. Pourquoi j’ai cette petite voix au fond de moi qui me dit que ma place n’est pas ici. Et puis je me suis trouvée égoïste d’imposer cette distance et tout ce que ça engendre à mes proches. Ingrate de ne pas apprécier la qualité de vie que la France offre. Combien de fois je me suis demandée ce qui clochait chez moi …

J’absorbais en fait toutes les opinions des autres qui me renvoyait leur insécurités et questionnements sur leur propre vie. Comprenez bien que lorsque quelqu’un vous fait une remarque, c’est qu’elle parle en réalité d’elle même, elle projette ses doutes sur vous. Et lorsque ça vous touche, c’est que ça fait écho à un traumatisme passé. (Comprendre et travailler là dessus a été une révélation).

La deuxième chose à distinguer c’est l’opinion de quelqu’un à sa réaction émotive, et c’était clairement celle de mes parents. C’est des mots non réfléchis qui sortent comme un bouclier pour se protéger de ses émotions, c’est le “panic mode” et ça ne dure jamais bien longtemps. Entourez vous de personnes qui vous aiment et vous soutiennent, peu importe si ils comprennent ou partagent votre projet de vie ou pas. 

Château de Versailles, France

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